Des contes à lire encore et encore
Le cèdre et le prieuré Texte écrit par Christine Decanis
Je suis né au Liban, ma famille, les grands cèdres, vivait dans la vallée de Kadisha. Je n’étais
encore qu’un tout petit cône prêt à tomber et à pousser parmi les miens quand une terrible
tempête m’a emporté. Eole m’a pris dans ses bras puissants, m’a fait traverser les montagnes, les
plaines, la mer. Au-dessus de Sainte Victoire il s’est essoufflé, apaisé il m’a laissé tomber. Niché
entre deux rochers, au pied de la grande croix, j’ai grandi solitaire.
"De tous temps, le cèdre est un symbole de force, de majesté et de respect aussi les pionniers qui
travaillaient à la restauration du prieuré m’ont replanté au milieu de l’esplanade juste devant le
monastère. Là, sous leurs yeux affectueux j’ai développé mes branches, hissé ma tête toujours
plus haut ! Aujourd’hui je me dresse fièrement du haut de mes 25 mètres.
Les hivers rigoureux ne me font pas peur, ni le mistral ce vent si froid qu’il vous coupe en deux, et
encore moins le gel qui mord mes aiguilles, mais ce que j’aime le plus c’est la neige, elle est trop
rare en Provence, il faut voir comme je suis beau quand son manteau blanc recouvre mes
épaules !
La chaleur de l’été ne me déplait pas non plus, le soleil brulant du midi me rappelle le Liban de
mon enfance.
Je suis bien sur cette esplanade, à travers la brèche j’aperçois la vallée, je vois loin !
En revanche, sur cette esplanade, je ne suis plus du tout solitaire ! vous n’imaginez pas le monde
qui passe par là !
D’abord il y a les randonneurs qui viennent passer la journée, surtout les dimanches ensoleillés,
ah les joyeux pique-niques à l’ombre de mes branches. Les weekends, certains restent le soir, ils
passent la nuit dans le monastère utilisé comme refuge. Je peux vous dire que j’ai été le témoin
de nombreuses fêtes bien arrosées ou encore de moments intimes, romantiques où des
amoureux timides ont échangé leurs premiers baisers sous le regard bienveillant de madame la
Lune.
En parlant de la Lune, justement les soirs de pleine Lune, il faut voir le monde qui monte par le
chemin des Venturiers, leurs lampes frontales forment une guirlande lumineuse tout le long du
chemin c’est magnifique. C’est nuit-là, le refuge affiche complet !!!
Le jeudi c’est le jour que j’aime le plus ! C’est le jour des bénévoles, la 2 ème génération des amis de
Ste Victoire. Ces courageux « jeunes retraités » arrivent avec leurs outils et leur bonne humeur et
se livrent avec passion à la restauration des bâtiments, construction des murets, barrières de
sécurité, contrôles de l’eau du puit-citerne ou encore travail titanesque de la restauration de la
calade (le chemin pavé de galets à l’entrée du site) Il ne faut pas oublier non plus le ménage dans
le monastère surtout après les nuits festives !
Et puis il y a aussi ce que les hommes appellent « les grands évènements » comme aujourd’hui le
Roumavagi !
En parlant des travaux des bénévoles, il faut que je vous raconte cette anecdote qui m’a bien fait
rire. Ces hommes courageux transportaient tous leurs outils et les matériaux pour la
reconstruction à dos d’hommes, c’est dur, fatiguant mais il n’y a pas d’autre moyen sauf
l’hélicoptère mais ce n’est pas possible tous les jours. Ce n’est réservé que pour les grands
travaux.
Un de leurs ami leur a proposé de leur prêter 2 ânes, pourquoi pas, c’était une bonne idée, dans
de nombreux pays on utilise encore les ânes pour transporter des marchandises. Joyeusement ils
ont chargé les ânes et hu dia bonne pâtes, les ânes volontaires ont grimpé le sentier escarpé
jusqu’au monastère. Bonne affaire se sont dit nos bénévoles. Ils ont déchargé les ânes et ont pris
le chemin du retour pour le deuxième voyage. Ils ont reconnu qu’ils étaient descendus en courant,
bien plus vite qu’ils ne l’auraient voulu car les ânes sentant l’écurie proche trottaient allègrement.
Après un petit temps repos, ils ont chargé à nouveau les ânes et pensaient repartir aussi
facilement qu’au premier voyage. C’était sans compter sur le caractère têtu des ânes, ceux-ci
s’étaient fait avoir une fois, ils n’avaient pas du tout envie de refaire la grimpette une deuxième
fois. Arcboutés sur leur quatre pattes ils n’ont rien voulu savoir, nos bénévoles démunis, ont eu
beau pousser, crier, tirer rien à faire, et vous savez quoi, ce sont les ânes qui ont gagné la bataille,
les hommes ont chargé leur sac à dos et sont montés suants, soufflants jurant contre ces foutus
ânes !
IL y a bien un jour que je n’oublierai jamais, c’est le jour où des ingénieurs sont arrivés et assis
sous mes frondaisons je les ai entendus critiquer le travail artisanal réalisé avec amour par les
bénévoles. J’ai eu ce jour-là un affreux pressentiment. Tout imbus de leurs sciences, tout d’un
coup ils se sont avisés que j’étais planté trop près du puit citerne, mes racines étaient
dangereuses, c’était sûr, elles allaient détruire la citerne, il fallait choisir, d’après eux, entre moi ou
la citerne. C’est allé loin cette histoire Ils allaient même jusqu’à dire que je ferai de belles planches
pour le mobilier du monastère !
Heureusement mes amis, les bénévoles se sont fermement opposés à ce massacre, ils
menaçaient même de s’enchaîner à mon tronc le jour où les bûcherons arriveraient ! Après
maints conciliabules, réunions de commissions, manifestations ils ont gagné et j’ai eu la vie
sauve !
Ils ont bien eu raison, la preuve leur en a été donnée le jour où l’on a nettoyé de fond de la citerne.
Les bénévoles descendus au fond ont constaté que seules quelques petites radicelles qui avaient
réussi à pénétrer dans le haut de la citerne étaient mortes. C’est bien connu (sauf par ces
ingénieurs) que le cèdre n’a pas besoin de beaucoup d’eau.
Comme le dit Claude Taisne, la nature et l’environnement ont gagné une manche mais restons
vigilants !!!
Pour fêter cette victoire et par la même occasion l’anniversaire de 7 d’entre-eux qui avaient atteint
l’âge vénérable de 80 ans, si ma mémoire et bonne il s’agissait de :
Simone Revalor, Paul Brès, Jean Cathala, Louis Cochet, Edmond Décanis, Pierre Ledez et
Albert Negrel.
Ils ont organisé un banquet oui carrément un banquet ! A journée exceptionnelle repas
exceptionnel. Quelqu’un a suggéré de préparer un jambon braisé. Enthousiasme général !
Acheter un gros jambon et le monter au prieuré ce n’était pas le plus difficile mais comment le
faire cuire ? il y a bien une cheminée dans le refuge mais pas de tourne-broche. Avez-vous oublié
que mes amis ont des mains d’or ? Des experts en bricolage je vous dis. Avec deux/trois
morceaux de bois ils ont fabriqué un chevalet, une tringle en travers et le tour est joué. Le jambon
a rôti comme il faut, l’assemblée s’est régalée.
Une nouvelle spécialité était née Guy Gautier l’a nommée : Le jambon braisé de Sainte Victoire.
Conte extrait de l'almanach d'Henri Gougaud
L’attendait-elle ? Non, elle n’attendait personne.
Quand le fils du sultan la vit dans le désert où il poursuivait des gazelles, elle se tenait debout auprès d’un rocher blanc, et elle était si belle qu’il ne put chevaucher plus loin. Il la salua, elle non. Il la hissa sur sa monture. Sans rien dire, elle se laissa faire. Il l’amena dans son palais, la fit nourrir, soigner, vêtir (sa robe n’était que poussières). Il la rejoignit dans sa chambre, et ne put que s’agenouiller. Elle était la femme rêvée, mille fois approchée en songe, mille fois fuyante au réveil. Elle accepta de l’épouser.
Après un an, elle eut un fils. Le prince lui offrit deux bracelets d’argent.
- J’aurais préféré, lui dit-elle, une grappe de raisins mûrs.
Après une nouvelle année, leur vint un deuxième enfant. L’époux offrit à l’accouchée un collier d’ivoire et d’or fin.
- J’aurais préféré, lui dit-elle, une coupe de fruits mouillés.
Quand naquit leur troisième fils, elle se détourna du diamant posé près d’elle sur le drap.
- J’aurais préféré, mon ami, une simple gourde d’eau fraîche.
- Ma femme, quel malheur te tient ? Je t’offre des merveilles, et que veux-tu ? Des riens !
- Tu sauras tout demain, répondit son épouse.
À l’aube ils s’en furent au désert. Par une brèche de rocher, ils descendirent sous la terre.
Là était une vaste salle débordante de coffre d’or. Au fond été quatre squelettes vêtu de lourds et beaux habits.
- Voici ma famille, dit-elle. Ici fut une haute ville dont mon père était le sultan. Vois sa prodigieuse richesse. Hélas, un vent de sauterelles a ravagé nos champs, nos vignes, et tout le monde est mort de faim dans des fortunes inutiles. Je sais maintenant ce que sont les seuls véritables trésors. Toi, tu n’en sauras jamais rien. Va, laisse-moi à mon désert.
Il s’en fut, elle demeura seule, et le conte finit ici.
Le conte des empreintes
Depuis presque cent ans, le vieil homme marchait.
Il avait traversé l'enfance, la jeunesse, mille joies et douleurs, mille espoirs et fatigues.
Des femmes, des enfants, des pays, des soleils peuplaient encore sa mémoire. Il les avait aimés.
Ils étaient maintenant derrière lui, lointains, presque effacés. Aucun ne l'avait suivi jusqu'à ce bout du monde où il était parvenu.
Il était seul désormais face au vaste océan.
Au bord des vagues, il fit halte et se retourna. Sur le sable qui se perdait dans des brumes infinies il vit alors l’empreinte de ses pas. Chacun était un jour de sa longue existence. Il les reconnut tous, les trébuchements, les passes difficiles, les détours et les marches heureuses, les pas pesants où l’accablaient des peines.
Il les compta. Pas un ne manquait. Il se souvint, sourit au chemin de sa vie. Comme il se détournait pour entrer dans l’eau sombre qui mouillait ses sandales, il hésita soudain. Il lui avait semblé voir, à côté de ses pas, quelque chose d’étrange.
A nouveau, il regarda. En vérité, il n’avait pas cheminé seul. D’autres traces, tout au long de sa route, allaient auprès des siennes. Il s’étonna. Il n’avait aucun souvenir d’une présence aussi proche et fidèle. Il se demanda qui l’avait accompagné. Une voix familière et portant son visage lui répondit : « C’est moi ».
Il reconnut son propre ancêtre, le premier père de la longue lignée des hommes qui lui avaient donné la vie, celui que l’on appelait Dieu.
Il se souvint qu’à l’instant de sa naissance, ce Père de tous les pères lui avait promis de ne jamais l’abandonner. Il sentit dans son cœur monter une allégresse ancienne et pourtant neuve. Il n’en avait jamais éprouvé de semblable depuis l’enfance. Il regarda encore. Alors, de loin en loin, il vit le long ruban d’empreintes parallèles, plus étroit, plus ténu. Une trace de pas, certains jours de sa vie, était seule visible.
Il se souvint de ces jours. Comment les aurait-il oubliés ? C’étaient les plus terribles, les plus désespérés. Au souvenir des heures misérables entre toutes où il avait pensé qu’il n’y avait de pitié ni au Ciel ni sur Terre, il se sentit soudain, amer, mélancolique.
« Vois ces jours de malheur, dit-il. J’ai marché seul. Où étais-tu Seigneur, quand je pleurais sur ton absence ?
– Mon fils, bien-aimé, lui répondit la voix, ces traces solitaires sont celles de mes pas. Ces jours, où tu croyais cheminer en aveugle, abandonné de tous, j’étais là, sur ta route.
Ces jours où tu pleurais sur moi, je te portais.
(Contes du Brésil, Henri Gougaud, L’arbre d’amour et de sagesse, éd. du Seuil, 1992)
Un jour, Uryzmaeg dit à Satana, son épouse:
– Je ne peux plus te supporter. Tu es une fieffée sorcière. Tu connais tout de mes pensées. C’est intolérable, à la fin. Emporte tout ce que tu aimes.
Choisis, prends et va-t’en d’ici.
– D’accord, lui répond Satana, fière, droite. Mais j’ai longtemps partagé le pain des Nartes, tes compagnons. Permets-moi de leur offrir un festin d’adieu.
Il accepte d’un grognement et s’en va en claquant la porte. Satana se met à l’ouvrage. Trois jours durant elle cuisine, dresse une table magnifique. Les compagnons d’Uryzmaeg entrent. Ils s’extasient devant les gibiers, les volailles, les cruches rebondies qui luisent à la lueur du feu. On bâfre, on boit, on chante. Satana dit enfin:
– Hommes, rendons hommage à mon époux. Que chacun lui présente une coupe d’alcool, comme le veut la coutume des Nartes.
Uryzmaeg se dresse. Son rire fait trembler les murs. Les gobelets se choquent. Il les vide, il s’effondre, et se met à ronfler. Ses compagnons prennent congé.
Satana restée seule sort dans le petit matin, attelle une paire de bœufs, puis traîne son époux dehors, le couche au fond de son chariot, grimpe à côté de lui et fouette la croupe des bêtes. Elle voyage jusqu’à midi.
Alors Uryzmaeg s’éveille, dégrisé. Il jette un œil autour de lui. À droite, à gauche, la campagne. Il dit:
– Qu’est-ce que je fais ici ?
Satana répond, souriante:
– Tu m’as chassée, non? Je m’en vais, voilà tout.
– J’en suis content, dit Uryzmaeg. Mais où m’amènes-tu, dis-moi?
– Le jour où tu m’as renvoyée, mon homme, tu m’as dit :
« Emporte ce que tu voudras.» Or, tu es mon plus cher trésor. C’est donc toi que j’ai pris. J’ai laissé tout le reste.
– Ah ça, j’ai épousé le diable en personne, dit Uryzmaeg, en riant.
Il embrasse sa femme, empoigne les rênes. L’attelage fait demi-tour dans l’herbe haute. Le soleil dans le dos, ils rentrent à la maison.
Conte écrit par des éléves de CAP petite enfance du lycée Bleriot à Marignane
C’est un travail collectif qui a demandé des compromis de la part de chacun .
Merci à Ahnna, Julia, Maria, Tamara, Ana-Maria, Chloé, Marissa, Daniel, Léa et Angelina.
Il y a longtemps, dans une petite ville du Sud, vivait une petite fille : Léa.
Elle avait 12 ans, était rondelette et avait de longs cheveux roux. Elle aimait bien se faire des couettes.
Elle n’allait pas souvent à l’école car les autres enfants la rejetaient à cause de la couleur de ses cheveux.
Elle n’avait jamais connu sa mère qui avait disparu à sa naissance. Elle avait vécu pendant 12 ans avec son père jusqu’à sa mort récente.
Son père lui manque terriblement car ils avaient une relation fusionnelle.
Elle est donc seule maintenant et arrive à survivre grâce à la voisine qui lui apporte de la nourriture et grâce à la boulangère qui lui donne le soir les invendus du jour.
La fleuriste lui donne souvent de quoi fleurir la tombe de son père.
Depuis quelque temps, elle voit un chien devant le cimetière, gris, petit mais trapu et imposant, ce chien la suit partout et lui fait des fêtes. Elle l’adopte, il est tellement touchant. Elle l’appelle Oscar
Un jour, le petit chien lui apporte une chaussure de femme qu’il a trouvée caché dans la maison. Ne serait-ce pas une chaussure de sa mère ?
Elle décide de partir avec le chien pour retrouver la propriétaire de cette chaussure.
A la sortie du village, le chien l’emmène à travers les champs sans se soucier des sentiers. Il pénètre dans une forêt et l’entraîne vers une cabane, c’est une vieille femme qui en sort, cette dernière reconnaît la chaussure que Léa lui montre :
« Je l’avais prêtée à une jeune princesse, arrivée ici pieds nus et échevelée, elle m’a raconté qu’elle fuyait pour retrouver son amoureux dont son père, le roi, ne voulait pas.
Elle était rousse comme toi et tu lui ressembles »
« C’était sûrement ma mère » dit Léa « son père a du la kidnapper, je vais la retrouver »
La vieille femme lui explique où se trouve le château de son grand-père présumé, lorsqu’arrive la voisine.
La voisine était à la recherche de Léa. Elle ne voulait surtout pas qu’elle retrouve sa mère dont elle connaissait l’histoire.
En réalité, la voisine avait eu une liaison secrète avec le père de Léa, de cette liaison était née sa propre fille. A l’idée que Léa puisse devenir une princesse, elle devenait folle de jalousie car sa fille, elle, n’aurait jamais cette chance là.
Au moment où la voisine arrive devant la cabane de la vieille, elle comprend que Léa sait qui est sa mère et pour l’empêcher de la retrouver elle essaye d’enlever la chaussure de la gueule du chien. En tirant elle la déchire et Oscar s’enfuit avec la semelle dans la gueule. La voisine se saisit de Léa et l’enferme dans la cave de sa maison.
Oscar, grâce à l’odeur de la chaussure et à son flair, retrouve le chemin du château.
Il rentre dans le château grâce à un petit trou dans le mur, il en parcourt tous les couloirs pour retrouver la princesse. Il retrouve enfin la chambre dans laquelle elle est enfermée, mais il ne peut rien faire pour la libérer alors il se met à aboyer.
Pendant ce temps, enfermé dans la cave, Léa hurle de peur et de rage.
Quand la fille de la voisine entend les hurlements de Léa, elle se précipite dans la cave. Léa, à travers, la porte lui raconte son histoire. La fille de la voisine, qui était une gentille fille décide de la délivrer et de l’aider.
Le soir quand la voisine s’est endormie elles partent toute les deux en direction du château.
Elles courent dans la forêt, il fait froid et noir, heureusement la lune éclaire le chemin.
Soudain, une ombre se dresse devant elles, c’est une ourse avec son ourson.
« Donnez-moi à manger pour mon petit et je vous laisse passer. »
Heureusement la petite fille de la voisine avait toujours quelques biscuits dans sa poche.
Elle les donne à l’ourson et les filles peuvent continuer leur chemin.
Tout à coup, Léa disparaît dans un trou, elle a la présence d’esprit de s’accrocher à une racine, car au fond du trou il y a un piège à loup ! ses mâchoires en acier grandes ouvertes.
Avec un bâton, et beaucoup d’efforts la fille de la voisine l’aide à sortir du trou.
« Attention ! » dit-elle, « nous sommes prêt du château, il y a surement d’autres pièges. »
Elle avance prudemment en tâtant le chemin avec le bâton pour ne plus se faire piéger.
Mais le château est entouré de gardes et pour ne pas se faire attraper elles se glissent sous le chariot d’un marchand qui livre des sacs de farine au château.
A l’intérieur du château, elles entendent les grognements d’Oscar qui les guident jusqu’à la porte de la chambre où la princesse est prisonnière.
Mais elles n’ont aucun moyen d’ouvrir la porte et Léa décide d’aller voir le roi son grand père.
Le roi voyant arrivé cette petite fille aux cheveux roux qui lui ressemble tant et qui ressemble à sa fille n’a pas de doute sur ses origines d’autant plus que Léa lui raconte son histoire et lui demande de libérer sa mère.
Devant cette petite fille si courageuse, le roi réalise son erreur et l’emmène délivrer la pauvre princesse enfermée dans cette chambre depuis 12 ans.
En voyant la chevelure flamboyante de Léa la princesse reconnait immédiatement sa fille et la prend dans ses bras.
Le roi décide de punir la voisine, il envoie ses gardes l’arrêter et il l’a fait enfermer dans un cachot du château.
Voyant que son amie se retrouve sans famille, Léa propose au roi et à la princesse de la garder auprès d’eux ainsi qu’Oscar, le chien fidèle.
Conte extrait de l'almanach d'Henri Gougaud
L’attendait-elle ? Non, elle n’attendait personne.
Quand le fils du sultan la vit dans le désert où il poursuivait des gazelles, elle se tenait debout auprès d’un rocher blanc, et elle était si belle qu’il ne put chevaucher plus loin. Il la salua, elle non. Il la hissa sur sa monture. Sans rien dire, elle se laissa faire. Il l’amena dans son palais, la fit nourrir, soigner, vêtir (sa robe n’était que poussières). Il la rejoignit dans sa chambre, et ne put que s’agenouiller. Elle était la femme rêvée, mille fois approchée en songe, mille fois fuyante au réveil. Elle accepta de l’épouser.
Après un an, elle eut un fils. Le prince lui offrit deux bracelets d’argent.
- J’aurais préféré, lui dit-elle, une grappe de raisins mûrs.
Après une nouvelle année, leur vint un deuxième enfant. L’époux offrit à l’accouchée un collier d’ivoire et d’or fin.
- J’aurais préféré, lui dit-elle, une coupe de fruits mouillés.
Quand naquit leur troisième fils, elle se détourna du diamant posé près d’elle sur le drap.
- J’aurais préféré, mon ami, une simple gourde d’eau fraîche.
- Ma femme, quel malheur te tient ? Je t’offre des merveilles, et que veux-tu ? Des riens !
- Tu sauras tout demain, répondit son épouse.
À l’aube ils s’en furent au désert. Par une brèche de rocher, ils descendirent sous la terre.
Là était une vaste salle débordante de coffre d’or. Au fond été quatre squelettes vêtu de lourds et beaux habits.
- Voici ma famille, dit-elle. Ici fut une haute ville dont mon père était le sultan. Vois sa prodigieuse richesse. Hélas, un vent de sauterelles a ravagé nos champs, nos vignes, et tout le monde est mort de faim dans des fortunes inutiles. Je sais maintenant ce que sont les seuls véritables trésors. Toi, tu n’en sauras jamais rien. Va, laisse-moi à mon désert.
Il s’en fut, elle demeura seule, et le conte finit ici.
Le conte des empreintes
Depuis presque cent ans, le vieil homme marchait.
Il avait traversé l'enfance, la jeunesse, mille joies et douleurs, mille espoirs et fatigues.
Des femmes, des enfants, des pays, des soleils peuplaient encore sa mémoire. Il les avait aimés.
Ils étaient maintenant derrière lui, lointains, presque effacés. Aucun ne l'avait suivi jusqu'à ce bout du monde où il était parvenu.
Il était seul désormais face au vaste océan.
Au bord des vagues, il fit halte et se retourna. Sur le sable qui se perdait dans des brumes infinies il vit alors l’empreinte de ses pas. Chacun était un jour de sa longue existence. Il les reconnut tous, les trébuchements, les passes difficiles, les détours et les marches heureuses, les pas pesants où l’accablaient des peines.
Il les compta. Pas un ne manquait. Il se souvint, sourit au chemin de sa vie. Comme il se détournait pour entrer dans l’eau sombre qui mouillait ses sandales, il hésita soudain. Il lui avait semblé voir, à côté de ses pas, quelque chose d’étrange.
A nouveau, il regarda. En vérité, il n’avait pas cheminé seul. D’autres traces, tout au long de sa route, allaient auprès des siennes. Il s’étonna. Il n’avait aucun souvenir d’une présence aussi proche et fidèle. Il se demanda qui l’avait accompagné. Une voix familière et portant son visage lui répondit : « C’est moi ».
Il reconnut son propre ancêtre, le premier père de la longue lignée des hommes qui lui avaient donné la vie, celui que l’on appelait Dieu.
Il se souvint qu’à l’instant de sa naissance, ce Père de tous les pères lui avait promis de ne jamais l’abandonner. Il sentit dans son cœur monter une allégresse ancienne et pourtant neuve. Il n’en avait jamais éprouvé de semblable depuis l’enfance. Il regarda encore. Alors, de loin en loin, il vit le long ruban d’empreintes parallèles, plus étroit, plus ténu. Une trace de pas, certains jours de sa vie, était seule visible.
Il se souvint de ces jours. Comment les aurait-il oubliés ? C’étaient les plus terribles, les plus désespérés. Au souvenir des heures misérables entre toutes où il avait pensé qu’il n’y avait de pitié ni au Ciel ni sur Terre, il se sentit soudain, amer, mélancolique.
« Vois ces jours de malheur, dit-il. J’ai marché seul. Où étais-tu Seigneur, quand je pleurais sur ton absence ?
– Mon fils, bien-aimé, lui répondit la voix, ces traces solitaires sont celles de mes pas. Ces jours, où tu croyais cheminer en aveugle, abandonné de tous, j’étais là, sur ta route.
Ces jours où tu pleurais sur moi, je te portais.
(Contes du Brésil, Henri Gougaud, L’arbre d’amour et de sagesse, éd. du Seuil, 1992)
Un jour, Uryzmaeg dit à Satana, son épouse:
– Je ne peux plus te supporter. Tu es une fieffée sorcière. Tu connais tout de mes pensées. C’est intolérable, à la fin. Emporte tout ce que tu aimes.
Choisis, prends et va-t’en d’ici.
– D’accord, lui répond Satana, fière, droite. Mais j’ai longtemps partagé le pain des Nartes, tes compagnons. Permets-moi de leur offrir un festin d’adieu.
Il accepte d’un grognement et s’en va en claquant la porte. Satana se met à l’ouvrage. Trois jours durant elle cuisine, dresse une table magnifique. Les compagnons d’Uryzmaeg entrent. Ils s’extasient devant les gibiers, les volailles, les cruches rebondies qui luisent à la lueur du feu. On bâfre, on boit, on chante. Satana dit enfin:
– Hommes, rendons hommage à mon époux. Que chacun lui présente une coupe d’alcool, comme le veut la coutume des Nartes.
Uryzmaeg se dresse. Son rire fait trembler les murs. Les gobelets se choquent. Il les vide, il s’effondre, et se met à ronfler. Ses compagnons prennent congé.
Satana restée seule sort dans le petit matin, attelle une paire de bœufs, puis traîne son époux dehors, le couche au fond de son chariot, grimpe à côté de lui et fouette la croupe des bêtes. Elle voyage jusqu’à midi.
Alors Uryzmaeg s’éveille, dégrisé. Il jette un œil autour de lui. À droite, à gauche, la campagne. Il dit:
– Qu’est-ce que je fais ici ?
Satana répond, souriante:
– Tu m’as chassée, non? Je m’en vais, voilà tout.
– J’en suis content, dit Uryzmaeg. Mais où m’amènes-tu, dis-moi?
– Le jour où tu m’as renvoyée, mon homme, tu m’as dit :
« Emporte ce que tu voudras.» Or, tu es mon plus cher trésor. C’est donc toi que j’ai pris. J’ai laissé tout le reste.
– Ah ça, j’ai épousé le diable en personne, dit Uryzmaeg, en riant.
Il embrasse sa femme, empoigne les rênes. L’attelage fait demi-tour dans l’herbe haute. Le soleil dans le dos, ils rentrent à la maison.
